et de la mémoire du marais
Dans sa petite maison reculée au cœur du marais de Saint-Gervais, entre Bouin et Bois-de-Cené, Roselyne Longépée, 73 ans est dans son élément. Le calme, les paysages magnifiques, l’eau et les animaux du marais suffisent à combler cette maraîchine pure souche. Découvrez le portrait de Roselyne dans les pages de Challans Mer et Marais Magazine n°7 !

Dès mon arrivée, elle me prévient inquiète : « je ne parle pas très bien. J’ai l’accent maraîchin. » Mais c’est justement ce qui fait son charme et qui laisse entrevoir une vie de labeur et de résilience. « La vie est rude dans le marais. Il faut être né ici pour y vivre à l’année », confie celle qui n’a jamais quitté cette terre. À 14 ans, elle a arrêté l’école pour travailler chez un ostréiculteur à Bouin. « J’y ai fait toute ma carrière », dit-elle fièrement. Un travail physique qui ne lui a jamais fait peur. « Fallait bien travailler. Les parents n’étaient pas bien riches, ils vivaient de la ferme et d’un petit parc à huîtres que papa avait en mer. » Un cancer du sein l’a contrainte à s’arrêter trois ans avant la retraite. « Saleté de maladie. Je ne pouvais plus soulever les casiers ou aller en mer… mais c’est du passé heureusement. »

« J’ai mon indicateur derrière la maison »
Pour compléter son salaire, puis sa modeste retraite, elle accepte il y a près de 20 ans, à la demande du syndicat mixte de la Baie de Bourgneuf, de gérer des écluses. Trois au total. « Celle des bouchauds, du bec 1 et du bec 2. Elle sont toutes situées à Saint-Gervais ». Une activité qui l’occupe au fil des saisons et qui, pour cette native du marais, est essentielle. « Dans le marais, gérer l’eau est indispensable. Mais attention, il ne faut pas faire n’importe quoi. Il faut ouvrir et fermer les vannes au bon moment. Pour ça, j’ai mon indicateur de niveau derrière la maison, au coin de ma grange. »

Roselyne me montre alors un petit bout de bois teinté de bleu, planté dans la terre. « Si l’eau arrive jusque-là, c’est qu’il est temps d’aller ouvrir », m’explique-t-elle. « Je n’ai jamais connu la maison inondée, mais c’est déjà arrivé du temps des grands-parents. L’été j’ouvre pour faire rentrer l’eau, l’hiver pour l’évacuer », résume la septuagénaire. En effet, la gestion des écluses se fait au gré de la montée des eaux et des précipitations. « Dès fois j’y vais deux fois en trois jours. » À vélo aux beaux jours, à pied à travers champs, en yole pour se faire plaisir ou en voiture pour celles plus éloignées, mais toujours accompagnée de sa fidèle chienne Pepsi, « un croiser border-collie berger allemand. Elle me suit partout. » Peut-être qu’un jour ces trois écluses seront automatisées. « Les gérer d’un smartphone, comme ils disent, ça n’est pas pour moi », rétorque l’éclusière.

Le sens de l’hospitalité
Dans la maison familiale, les souvenirs sont bien présents. Roselyne qui ne s’est jamais mariée, s’est occupée de ses parents jusqu’à leur dernier souffle. « Maman est décédée ici l’an dernier, à 98 ans. Elle ne voulait pas quitter ce marais qu’elle aimait tant. » Aujourd’hui seule dans la maison, elle ne se sent pas isolée pour autant. « J’ai plein d’amis. Il y a également les chasseurs qui passent me voir de temps en temps. » Il faut dire que la maraîchine a le sens de l’hospitalité et aime partager son marais. « J’organise des balades en yole pour faire plaisir aux copains. Avant, avec ma ponette, je faisais même des promenades en charrette. »

Nostalgique, elle évoque le temps où, enfant, elle traversait les fossés du marais sur des planches en bois pour rejoindre l’école à vélo, ou se rendait à la veillée chez les voisins en yole avec sa famille. « J’allais aussi à la pêche à la grenouille, je passais ma vie dehors à jouer. C’était une belle vie. » Et aujourd’hui encore, elle trouve son bonheur dans la simplicité. « J’aime être à l’extérieur, m’occuper de mes animaux, de mes fleurs et des écluses. Ici, je suis bien. »

Soudain, son téléphone portable à clapet sonne. Elle décroche, tout en me confiant le sourire aux lèvres, « qu’il faut bien vivre avec son temps, mais pas trop quand même ! » Elle discute avec le marchand ambulant qui passe chaque semaine. « Il me faut du beurre, mais pas de crème cette fois, j’en ai encore », lui répond-elle. « Il s’arrête au bout du chemin une fois par semaine quand il va au marché de Bouin, c’est bien pratique », me confie Roselyne, qui a fait de ce petit coin de marais, son paradis.

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